Comment déjouer les pièges de la vengeances

Que ceux qui n’ont jamais rêvé de se venger d’un ex-conjoint, d’un collègue, d’un boss, d’un voisin lèvent le doigt ! En effet, depuis la nuit des temps, ce désir de vengeance nous anime lorsque nous sommes confrontés à une personne qui nous fait du tort. Seulement voilà, la vengeance est-elle bénéfique et si oui, pour qui ? Quelque-soit le préjudice subit, a-t-elle des vertus réparatrices, ou au contraire va-t-elle nous entraîner dans une spirale sans fin ? Près de 5 siècles avant J-C, Confucius disait déjà, « Celui qui recherche la vengeance devrait commencer par creuser deux tombes ».


Un peu d'histoire :

Les premières sociétés humaines étaient constituées de clans. Il était vital de se défendre et de se venger des agressions extérieures : celui qui ne pouvait pas montrer sa capacité à se défendre devenait une proie et la survie du clan était menacée. Les plus forts survivaient aux plus faibles. On peut émettre l’hypothèse que cela contribuait à la survie de l’espèce. Le recours à la vengeance, parfois sur plusieurs générations, constituait donc la norme.

Au fil des siècles, afin de répondre au développement et à la complexité des sociétés humaines, des structures étatiques se sont superposées aux clans (les chefs arrivent !) et enfin des systèmes de justice ont été mis en place : ce sont les ancêtres des gouvernements et des tribunaux que nous connaissons ! Ces systèmes n’ont pas éliminé les précédents, il s’agit plutôt d’une adaptation réciproque ! En d’autres termes, les vengeances existent toujours, certaines sont punissables par la loi, d’autres non. Ex : Vous tuez la maîtresse de votre mari : vous serez condamnée pour homicide ; vous balancez vos photos intimes à la femme de votre amant : c’est moche, mais tout le monde s’en fou !

L’esprit de vengeance est dans toutes les cultures. La tragédie Roméo et Juliette de Shakespeare relate la vendetta sans fin entre les Montaigu et les Capulet, dans le Comte de Monte-Cristo de Dumas, nous découvrons la vengeance machiavélique d’Edmond Dantès. Plus récemment la saga du trône de fer de George R.R.Martin nous ramène aux guerres de clans.

Qu’il s’agisse de littérature, de fiction, d’actualités, de conflits politiques ou « people », de faits divers et autres joutes verbales étalées sur la place publique, vous l’aurez compris, la vengeance est partout omniprésente. Elle se décline sous diverses intensités, de l’acte bénin aux conflits les plus meurtriers.

Aujourd’hui, les normes ont changé et la vengeance n’est plus une question de survie, cependant elle reste universelle et ancestrale, elle est profondément ancrée dans nos racines. D’où vient-elle ? Nous permet- elle de surmonter les épreuves qui jalonnent notre vie ? Est-ce une réaction primaire que nous devons surmonter ? Voici quelques clés pour mieux comprendre.


Le processus mis en place :

Afin d’illustrer clairement la situation, je vais prendre pour exemple principal la séparation du couple; cette situation touche 50% des couples mariés ou pacsés et le pourcentage est probablement supérieur si l’on tient compte des « unions libres ». Cet incident de parcours a le mérite d’être assez clair pour le plus grand nombre et j’en parlerai d’autant mieux puisque en collaboration avec Christine Poignet, nous sommes à l’origine du groupe « les ZamaZones » dédié à la reconstruction post séparation.

Dans tous les cas, l’histoire commence par une expérience bouleversante pour nous. Tout le processus que nous allons mettre en place sera déclenché par notre interprétation de la réalité à un instant T. La plupart du temps, nous réagissons à une offense qui nous est faite et il devient urgent de réagir ! Répliquer est légitime, mais jusqu’où peut-on aller ?

Le point de départ de la vengeance est la colère, le sentiment d’un affront intolérable. Nous pensons que le tort qui a été fait est irréparable et la colère va alimenter notre désir de vengeance. Parfois nous allons mettre en œuvre cette vengeance, parfois nous ne la vivrons que mentalement. Dans les deux cas, nous éprouverons un certain plaisir en projetant la réussite de notre scenario le plus fou. Le plaisir éprouvé est éphémère et cela nous pousse à entretenir le processus : nous nous mettons en boucle et le hamster qui loge dans notre cerveau à de beaux jours devant lui !

Dans la vraie vie, le service en Cristal offert par notre ex-belle-mère finira peut-être sa vie sur le carrelage de la cuisine et nous y prendrons du plaisir. Ce n’est certes pas très glorieux, mais ce n’est pas interdit par la loi et accessoirement, ça peut nous détendre ! Il est tout à fait naturel de succomber à ses émotions dans un premier temps. Un manque de réaction pourrait traduire un manque de respect de soi. Dans le cas d’une rupture amoureuse, le fait d’avoir été quitté(e) est un facteur aggravant. En effet notre déception nous semble insurmontable pour une raison très simple : nous avons tendance à trop idéaliser la personne que l’on aime. Plus on idéalise, plus on est déçu, plus on est déçu plus le besoin de vengeance est nourrit car nous prenons conscience que « l’amour de notre vie » n’est peut-être pas aussi idéal que ce que nous voulions et nous avons besoin d’un « retour sur investissement » ce qui évidemment n’est pas possible. Attention de ne pas nous mettre en satellite autour de notre besoin de vengeance !


Le risque de la mise en « satellite » :

Prenons conscience que notre douleur ne peut être gommée par celle de l’autre. A long termes, notre besoin de vengeance nous empêchera de rompre avec notre expérience douloureuse. Malgré nous, nous nous enfermons dans un déni sans fin par le fait même de focaliser notre énergie sur la destruction de l’autre. Nous pensons peut-être que cela nous permettra de sortir de notre rôle de victime, mais la plupart du temps il n’en est rien. Au contraire, nous ne faisons qu’entériner le fait d’avoir été trompé(e) et la seule chose qui reste c’est l’humiliation. Comme toutes les émotions, la colère doit nous permettre une mise en mouvement et cela peut passer par l’envie de vengeance. Cet état doit rester passager sous peine de ne plus pouvoir sortir de notre rôle de victime. Dans une histoire de couple on est deux. Lors de la rupture, chacun a sa part de responsabilité. Tant que l’on n’essaie pas de comprendre les causes qui ont mené à l’échec de la relation, on ne peut pas aller mieux et d’une certaine façon on refuse la fin d'une histoire. En relançant la machine, on cherche souvent à rester dans la vie de son ex partenaire plus qu'à s'en éloigner, cela révèle avant tout l'incapacité à dépasser l'épreuve de la séparation. Chercher à se venger n’est pas contre nature, cependant si ce désir de vengeance perdure, il risque de nous affecter en profondeur : la dépression risque de pointer le bout de son nez. A long termes, les bénéfices de la vengeance sont dépassés par ses inconvénients !


Utiliser la colère avant qu’elle ne nous utilise :

Comme je le disais précédemment, les émotions jouent un rôle important dans notre mode de fonctionnement. Certaines émotions « positives » comme la joie nous incitent à mettre tout en œuvre pour conserver le sentiment de bien-être dans lequel nous nous trouvons : qu’est-ce qui me met en joie et comment faire pour conserver cet état ?

A l’inverse les émotions « négatives » comme la tristesse, la peur, le dégoût et la colère nous indiquent un mal-être. Elles fonctionnent comme une sonnette d’alarme qui devrait impliquer une réaction de mise en mouvement de notre part afin de retrouver un équilibre plus serein. Ne pas en tenir compte équivaux à ne pas éteindre le feu sous une cocotte-minute sous pression, le moment arrivera où la seule issue possible sera l’explosion ! Les conséquences peuvent être lourdes pour notre corps et notre mental. Les émotions ignorées ou mal utilisées ont des répercussions sur notre santé et peuvent entraîner des pathologies plus ou moins lourdes. La dépression est la plus courante, les réactions épidermiques, asthme, eczéma, maladie respiratoire, digestive … la liste est assez longue pour attirer notre attention.

Pour ce qui concerne la colère, qui je vous le rappelle est l’un des déclencheurs de la vengeance, elle accapare notre énergie et la détourne vers des actions punitives. Il est tout à fait possible de l’utiliser de manière constructive, après tout, elle est là pour ça ! Utilisée comme un signal d’alarme, elle nous permet de prendre conscience de nos besoins insatisfaits et que nos ressentiments diminuent fortement nos chances de les satisfaire. Canaliser l’énergie qu’elle engendre peut se révéler extrêmement bénéfique. Nous pourrions comparer ça au fonctionnement d’un barrage construit en travers d’un cours d’eau pour réguler les crues, produire de l’énergie, constituer des réserves d’eau potable… Tant que le barrage reste solide, tout fonctionne à merveille, s’il cède, l’eau risque de tout détruire sur son passage. Dans le cas présent, la colère représente la rivière et notre cerveau le barrage, ça vous parle ?


Colère mode d’emploi :

Lorsque nous sommes submergés par un affront déclencheur de colère, la première chose à faire est de ne rien faire ! Prenez le temps de la réflexion, même si ce temps est court, n’invitez pas l’impulsivité à la curée ! Autant que vous le sachiez, les premiers instants peuvent-être « trash », qu’ils se comptent en heures, jours ou semaines, vous allez trouver le temps long ! C’est à ce moment là que vous vous mettez en boucle et débordez de créativité pour rendre au centuple l’agression que vous venez de subir : là, vous échafaudez votre vengeance … profitez en bien, parce que vos plans vont rester à l’état de plan. Rappelez-vous, votre démonstration d’énergie est attendue ailleurs.

Lors de votre période de « satellisation », vous vous êtes probablement répété des dizaines de fois une petite phrase du type : il/elle aurait jamais dû dire/faire/agir…comme ça. Inutile de nier l’évidence, c’est elle qui a entretenu votre colère et votre envie de vengeance ! Essayez de vous remémorer cette phrase clairement. Vous l’avez trouvée ? C’est parfait !

Maintenant, nous pouvons construire le barrage et utiliser notre cerveau. J’insiste sur « utiliser notre cerveau », car malgré les apparences, au quotidien c’est plutôt lui qui nous utilise : force est de constater que dans la plupart des cas nous sommes esclaves de notre cerveau ! Et oui, en informatique le problème est entre la chaise et le clavier et pour le fonctionnement de l’humain, le problème se situe entre notre corps et notre cerveau. Rassurez-vous notre « disque dur » est une machine extraordinaire et de nouvelles connexions sont possibles tout au long de son existence et donc de la nôtre. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est toujours possible.

Revenons à votre phrase fétiche du moment. Écrivez-la. Il y a de fortes chances que cette phrase reflète vos pensées de reproches et de jugement. Pas de honte à ça, dans un premier temps c’est un fonctionnement naturel. Lorsque vous vous dites : « il/elle aurait jamais dû dire/faire/agir…comme ça », cela vous ramène à un message qu’il vous a été difficile d’entendre et cela vous a mis en colère. Vous avez alors quatre choix possibles. Choix 1 : vous vous sentez fautif, choix 2 : vous rejetez la faute sur l’autre, choix 3 : vous cherchez à percevoir vos sentiments et vos besoins et enfin choix 4 : vous cherchez à percevoir les sentiments et les besoins de l’autre.

Vous aurez compris que les choix 1 et 2 ne sont pas des options constructives. Pour le premier, vous êtes peut-être face à une stratégie de manipulation de la part de votre interlocuteur qui par ses propos et ses actions essaie et souvent parvient à vous culpabiliser, par exemple lorsque vous entendez : « je suis très déçu que tu fasses ceci ou cela …, tu m’énerves…, », la confusion entre la cause et le facteur déclenchant de votre colère entretient la culpabilité. Pour le second, souvenez vous que nous ne sommes jamais en colère à cause de ce que les autres disent ou font. Nos émotions ne sont pas liées à la réalité mais à l’interprétation que nous faisons de la réalité. Nous sommes les seuls à pouvoir intervenir sur nos émotions et nos ressentis et il nous est impossible d’intervenir sur ceux des autres.

Nous allons donc nous intéresser au choix 3 : vous cherchez à percevoir vos sentiments et vos besoins.

Dans un premier temps, vous aurez donc pris soin de prendre un peu de recul et de revenir au calme. Oubliez toute idée de critique et de jugement visant l’autre. En relisant votre « phrase fétiche », recherchez les pensées qui vous ont mis en colère, par exemple : « il n’aurait jamais dû me parler comme ça ». Sachant que cette phrase est l’expression d’un besoin insatisfait pour vous, l’étape suivante sera donc de chercher quel est ce besoin. Dans notre exemple, vous pourriez dire « lorsqu’il me parle comme ça, je ne me sens pas considéré(e) ». C’est seulement à partir de là que vous pouvez argumenter votre colère et engager une conversation de manière constructive ou penser à un plan d’action concret et réaliste.

Si nous ramenons cet exemple dans le cadre de la séparation de couple, nous pouvons aller plus loin ; si je ne me sens pas considéré(e), mon besoin est la considération. Comment cette personne qui n’est pas ou plus capable de m’offrir de la considération serait-elle capable de m’aimer ? A ce moment-là, votre colère n’est plus aussi intense et il est probable qu’elle se soit transformée en une autre émotion comme la tristesse. Vous pourriez alors vous dire « cette personne qui ne me donne pas de considération et qui n’est plus capable de m’aimer, ça me rend triste. Elle n’est plus capable non plus de recevoir ce que je lui donne ; elle n’est qu’une option sur sept milliards peut-être qu’il serait mieux pour moi d’aller explorer les autres options qui s’offrent à moi ? ». Nous pouvons clairement constater que nous passons d’un état de colère vengeresse tourné vers la destruction de l’autre, à un état plus apaisé tourné vers notre reconstruction et c’est exactement le but recherché : Bingo !

Si nous considérons les choses de manière très factuelle, la solution pourrait-être d’exprimer clairement notre ressenti et notre besoin face à la situation. Cela à pour but d’ouvrir le dialogue et d’offrir à l’autre la possibilité d’exprimer aussi ses ressentis et ses besoins (choix 4), il ne sera pas toujours capable de le faire, cependant, vous aurez ouvert une porte ! Retenez que mieux nous écoutons les autres, plus il y a de chance qu’ils nous écoutent et ce dont nous avons besoin, c’est que l’autre entende vraiment notre souffrance. C’est seulement à partir de cette étape qu’il sera possible d’établir un plan d’action satisfaisant pour les deux parties, sans qu’il ne soit question de vengeance ascensionnelle dont le résultat est en général destructeur pour tout le monde.

Évidemment, cela parait simple en théorie ! En pratique, cela peut prendre beaucoup de temps, puisqu’il nous faut rompre avec des comportements et des automatismes qui nous ont été transmis depuis des générations ! l’apprentissage de ce processus est long et l’appliquer demande du temps et de la volonté.


Quand la vengeance cède la place à la revanche :

Nous assimilons souvent vengeance et revanche, cependant les deux idées me semblent différentes :

Lorsque je pense à la vengeance, je visualise ces vendettas interminables qui se déroulent sur des générations. Cela ressemble à ces grandes épopées où tous passent leurs vies à s’entretuer, construisent un empire sur le malheur causé à leurs prétendus « ennemis », cela ne les rend pas heureux et de toute façon, soit ils seront à leur tour victimes de vengeance, soit ils finiront leurs jours en prison et peu importe la méthode, tout le monde finira par mourir à la fin de l’histoire après avoir vécu une bonne vie bercée par la haine… Ne trouvez-vous pas que la perceptive est un peu grise ?

La revanche m’inspire autre chose, une idée beaucoup plus « sportive » assimilée au jeu et au sport, ne dit-on pas prendre sa revanche lors d’un match ou d’une partie de jeu de société ? Selon moi, elle offre une opportunité d’essayer à nouveau en mettant en place d’autres stratégies tout en utilisant les expériences passées afin de mettre en œuvre et d’améliorer ce qui a fonctionné par le passé et de tenter d’autres approches pour ce qui a moins bien fonctionné. Après tout, ne serait-ce pas la une définition de « grandir » ?


Petite synthèse :

Nous retiendrons que le désir de vengeance est ancestral et universel. Il a probablement joué un rôle prépondérant dans l’évolution de l’espèce humaine. Il y a fort à parier que la vengeance n’est plus la réponse adaptée au XXIe siècle : Pete Senge affirme : « les problèmes d’aujourd’hui viennent des solutions d’hier », qu’en pensez-vous ?

Il est tout à fait envisageable et possible de changer nos modes de fonctionnement et de venir à bout de croyances qui nous ont été transmises et qui par définition ne nous appartiennent pas. Cela ne nous empêche en rien d’être et de rester fidèles à nos valeurs profondes.

Il est impossible de contrôler les actes et les émotions d’autrui. Nous pouvons uniquement intervenir sur nos actes en essayant de tenir compte de ce que nous disent nos émotions. Il est déjà difficile de faire des choix pour soi, accordez-vous donc une faveur, laisser « les autres » décider de ce qui est bien pour eux et ne leur demander pas non plus de choisir à votre place. En agissant ainsi, chacun devient responsable de ses actes et par conséquent le risque de tomber dans le triangle « infernal » bourreau/victime/sauveur se voit limité d’autant. Lorsque cette règle est appliquée, nous pouvons toujours éprouver de la colère, mais nous sommes en mesure de l’exprimer clairement en considérant nos besoins : dans ce cas la vengeance n’a plus de raison d’être.

Changer nos modes de fonctionnement demande du temps et de la volonté, c’est loin d’être simple, cependant n’oubliez jamais que vous faites les choses pour vous. Pour conclure, je vous invite à vous poser une question : Aujourd’hui, vous qui êtes en colère et pensez à la vengeance, de quoi avez-vous besoin pour reprendre votre route ?

« J'entends et j'oublie, Je vois et je me souviens, Je fais et je comprends ». Confucius

Auteur : Beatrice Gaboyard

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